Genève : Le sommeil et l’alimentation…


Contribution du Docteur Fanny Cohen herlem au bulletin mensuel, daté Juillet/Août 2015, du SSI (Publié par le Centre International de Référence pour les droits de l’enfant privé de famille).

Le sommeil et l’alimentation chez les enfants et adolescents adoptés.

Le Docteur Fanny Cohem Herlem, pédopsychiatre et psychanalyste, collaboratrice du SSI, aborde ci-après les particularités du sommeil et de l’alimentation chez les enfants adoptés et la façon dont les parents peuvent répondre aux besoins de l’enfant lors de ces moments privilégiés.

Le sommeil et l’alimentation de l’enfant sont des éléments constitutifs de la relation qui peu à peu se construit entre l’enfant et ses parents. Ce sont des moments privilégiés de rencontre à l’occasion desquels un lien de confiance se tisse entre l’enfant et ses parents. Ils offrent aux parents un moyen de montrer à l’enfant qu’ils sont capables de lui dédier du temps et de s’adapter à ses besoins.

Le sommeil chez l’enfant adopté

Très tôt, chez le nourrisson, le sommeil devient un élément de sa relation avec ses parents. Les difficultés pour s’endormir peuvent être vues comme une difficulté à se séparer d’où l’importance de la présence parentale et l’instauration de rituels qui vont l’aider dans cette période de transition vers le sommeil. Pour un enfant adopté, la question de la séparation peut rester particulièrement sensible et entraîner parfois des difficultés pour s’endormir. La peur de l’abandon fortement présente chez l’enfant adopté peut surgir au moment de s’endormir dans le sens où « s’endormir, c’est s’abandonner dans le sommeil ». Une mère adoptive a ainsi souligné les difficultés rencontrées avec sa fille de 10 ans qui faisait durer le rituel du coucher jusqu’à son épuisement. Le Dr Cohen Herlem parle alors de la séparation qui peut être d’autant plus difficile lorsque mère et fille ont une relation « fusionnelle », renforcée dans ce cas d’espèce par l’absence de père. Pour dépasser cette situation, le Dr Cohen Herlem suggère par exemple l’organisation d’une soirée pyjama entre amies qui permettre à l’enfant comme à la mère de se rendre compte qu’elle peut s’endormir sans la présence de la mère et des rituels sans fin.

Par ailleurs, l’enfant adopté a souvent vécu auparavant en institution où ses habitudes de vie, notamment au moment du coucher, étaient bien différentes de celles que lui propose sa famille adoptive (dortoir avec la présence de nombreux enfants, bruit, lumière, etc.). Pour répondre au mieux aux besoins de l’enfant, le Dr Cohen Herlem suggère aux parents une phase de transition avec l’enfant récemment adopté et la mise en place de certains aménagements. Elle encourage notamment l’usage de « doudous », objet transitionnel qui rappelle la présence de la mère et rassure l’enfant. Laisser la porte ouverte, rester un long moment près de l’enfant, avoir une veilleuse, tous ces petits aménagements aident à une réassurance au moment du coucher.

Enfin une autre particularité susceptible d’être rencontrée chez les enfants adoptés est l’hypersomnie. Le Dr Cohen Herlem explique à cet égard que cela peut être compris comme une fuite de l’enfant adopté par rapport à un événement difficile, à des soucis. L’enfant (ou l’adulte !) se réfugie alors dans le sommeil, c’est une façon d’y faire face. Le mieux serait de le laisser dormir et de parler avec lui ensuite de ce qu’il a pu vivre à ce moment-là. Une consultation spécialisée peut s’avérer utile également.

L’alimentation chez l’enfant adopté

Tout comme le sommeil, l’alimentation est un espace relationnel. Il est important de rester avec l’enfant le temps du repas, même s’il ne mange pas, car c’est un temps qui lui est dédié. Du côté des parents deux points doivent être pris en compte : d’une part, s’adapter au rythme de l’enfant lors des repas (respect des pauses s’il en exprime le besoin pendant lesquelles il ne mange pas, il attend, joue avec la cuillère, puis reprend) ; d’autre part, réguler la quantité de nourriture (ne pas forcer un enfant qui ne veut plus manger).

Le fait qu’un enfant refuse la nourriture ou trie ce qui se trouve dans son assiette peut parfois être le signe de ses fantasmes autour de certains aliments ou encore cela peut être un moyen pour lui de faire pression ou de manipuler son entourage. Les mères sont le plus souvent celles qui sont le plus sensibles à cette question. C’est particulièrement le cas dans l’adoption où la mère va parfois s’attribuer et prendre très à cœur cette fonction. L’enfant le sait, le sent et peut en jouer.
Le Dr Cohen Herlem propose donc, dans le cas où cela devient trop conflictuel, de demander au père de prendre le relai.
À nouveau, une période de transition lors de l’arrivée de l’enfant peut être nécessaire afin qu’il s’habitue lentement à l’alimentation de sa famille. Selon le Dr Cohen Herlem, il est préférable du côté des parents de ne pas instaurer de règles strictes mais plutôt de faire preuve d’ouverture auprès de l’enfant ne pas exiger de l’enfant de goûter à tout d’emblée, ne pas punir les refus… afin que le repas ne soit pas un moment de conflit et d’angoisse pour les parents et l’enfant. Toutefois, dans le cas où les habitudes alimentaires deviennent rigides et inquiétantes (tendances à l’anorexie ou la boulimie), il est indispensable de faire appel à des professionnels.

Le SSI/CIR rappelle l’importance de sensibiliser les parents aux besoins particuliers de l’enfant adopté à son arrivée, le sommeil et l’alimentation faisant partie de ses besoins de base. Mieux les parents seront préparés en amont à y répondre et plus l’adaptation de l’enfant à son nouvel environnement sera harmonieuse.


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *